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Millionnaires du cannabis : qui sont les barons de l’or vert ?

(NdlR : En effet, la politique de prohibition engendre le trafic et donc des sources de financement pour alimenter toutes les caisses noires des organisations criminelles de "Mafia Sans Frontières". En revanche, comme le propose Cannabis Sans Frontières depuis sa création en 2009, la régulation du marché peut être un bon moyen pour créer de nouveaux emplois pérennes et non-délocalisables, notamment en développant dans le champ de l’économie sociale et solidaire des structures types coopératives et/ou associatives à but non lucratif, pour produire et distribuer le cannabis dans un circuit court et éthique. Plutôt que de privilégier les gros acteurs économiques et les investisseurs peu scrupuleux, il faudrait que le modèle de régulation "à la française" s’inspire davantage des principes moraux de l’entreprise sociale et solidaire, en réservant le développement de ces entreprises et des emplois de cette nouvelle filière aux personnes déjà impliquées ou condamnées pour des faits liés au trafic de stupéfiants, tout en favorisant l’implantation des structures commerciales dans les zones concernées.)

Dans l’affaire « Virus », jugée fin 2018, le cash était remis à des cols blancs parisiens qui détenaient des comptes suisses non déclarés et voulaient rapatrier leur argent à l’abri du fisc. En échange, ils effectuaient des virements vers les comptes des trafiquants à l’étranger, grâce à la complicité de banquiers d’HSBC. De quoi blanchir à la fois l’argent de la drogue et de la fraude.

Nouvelles filières

Depuis quelques années, cette économie du cannabis est en pleine mutation. La lutte contre les filières marocaines de résine et la demande croissante pour des produits « naturels », jugés de meilleure qualité, ont fait grimper la part de marché de l’herbe. De l’ordre de 10 % il y a quinze ans, elle avoisinerait aujourd’hui 40 %, pour un prix de vente en hausse, autour de 10 euros le gramme. La « beuh » est majoritairement importée des Pays-Bas, voire de Belgique ou d’Espagne. « Les réseaux criminels des cités produisent peu, ce sont des commerçants, pas des cultivateurs », précise Vincent Le Beguec. La culture d’herbe en intérieur est plutôt le fait de « cannabiculteurs » individuels, qui produisent de faibles quantités pour leur usage et celui de leur entourage. Mais la police a tout de même débusqué des « cannabis factories », tenues par le crime organisé, dans le Nord, où les industriels néerlandais ont exporté leur savoir-faire. En 2016, elle a ainsi découvert 4 000 pieds dans un hangar désaffecté près de Roubaix. Une saisie qui reste exceptionnelle.

 

Trois scénarios pour une légalisation

 

Il est rare qu’une étude sur les drogues ait les honneurs de la direction du Trésor de Bercy. Dans un numéro récent de la revue du ministère, les universitaires Christian Ben Lakhdar et Pierre Kopp ont publié un bilan socioéconomique du cannabis, sur la base de travaux déjà effectués pour le think tank Terra Nova. Ils partent d’un constat d’échec : la France est l’un des pays les plus répressifs, tout en étant le plus gros consommateur européen. Ils estiment le coût social du cannabis à plus de 900 millions d’euros : 560 millions de dépenses publiques, dont à peine 36 millions pour la prévention, le reste étant consacré aux services policiers et judiciaires ; et 350 millions de « pertes », liées à la mortalité et à l’emprisonnement.

Les auteurs envisagent donc plusieurs réformes possibles. Tout d’abord, les autorités pourraient dépénaliser l’usage mais pas la vente. Cela permettrait de réduire les dépenses publiques de 55 % en mettant fin aux interpellations d’usagers.

Mais cela provoquerait une hausse de 12 % du nombre de consommateurs et de 16 % des quantités vendues. « Ce serait un cadeau pour les trafiquants, prévient Christian Ben Lakhdar. Une demande décomplexée pourrait faire grimper les prix, donc leurs profits. » Autre option : la légalisation complète du marché sur un modèle concurrentiel. L’impact serait positif pour les finances publiques, avec une baisse des dépenses et une hausse des recettes fiscales sur les ventes. Mais elle entraînerait une diminution des prix et ferait exploser de 71 % le nombre d’usagers et quasi doubler les quantités consommées. « Les réseaux criminels se reporteraient sur d’autres drogues, notamment la cocaïne, s’inquiète Vincent Le Beguec, patron de l’office de lutte contre les stupéfiants.
Or, sur ce marché, la hausse de l’offre entraîne celle de la demande. »

Pour concilier lutte contre les trafics et objectifs de santé publique, Christian Ben Lakhdar propose donc que l’Etat garde la main et mette en place une autorité de régulation, semblable à l’Arjel pour les jeux en ligne. « Elle empêcherait tout marketing favorisant l’attractivité du produit et pourrait agir sur les prix à travers les taxes. » L’idée serait, d’abord, de fixer un prix assez bas pour assécher le marché parallèle. Puis l’agence imposerait des taxes de plus en plus élevées afin de limiter la consommation, comme pour le tabac. Une tactique qui laisse toutefois sceptique Vincent Le Beguec : « Il faut attendre d’avoir plus de recul sur les expériences étrangères. »

Voir en ligne : Challenges.fr

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