"La guerre à la drogue est un échec", selon Françoise Barré-Sinoussi.
Prix Nobel de médecine 2008, élue membre de l’Académie des sciences en 2009
Publié le: 20 juillet 2010
L’épidémie de sida avait contraint les laboratoires pharmaceutiques à accepter de fournir des médicaments génériques aux pays pauvres. La maladie va-t-elle aussi forcer les gouvernements du monde entier à changer la façon de traiter le problème de la toxicomanie ? "Il est temps de reconnaître que la guerre à la drogue menée depuis plus de vingt ans est un échec, affirme le Prix Nobel de médecine Françoise Barré-Sinoussi. Il faut sortir de l’idéologie pour traiter enfin cette question de manière rationnelle." La codécouvreuse du virus HIV vient de signer la déclaration de Vienne, un appel à une réforme globale de la politique internationale en matière de psychotropes, lancé par trois organisations de recherche à l’occasion de la Conférence mondiale sur le sida qui se déroule dans la capitale autrichienne du 18 au 23 juillet. La "guerre à la drogue" a surtout réussi à marginaliser les consommateurs, considérés comme des délinquants, et à propager les virus du sida et de l’hépatite. Depuis la fin des années 1980, l’ONU dépense 50 milliards de dollars par an dans la lutte antidrogue, selon une logique essentiellement répressive inspirée par les Etats-Unis. Lancé officiellement en 1992, le programme "guerre à la drogue" devait aboutir sur l’éradication du trafic de substances illicites à la fin du siècle. Elle a surtout réussi à marginaliser les consommateurs, considérés comme des délinquants, et à propager les virus du sida et de l’hépatite. "Les médecins sont confrontés aux conséquences dramatiques de cette approche tous les jours, martèle Françoise Barré-Sinoussi. Les héroïnomanes sont infectés à 70% par le VIH. En Asie comme en Europe de l’Est, on a vu se multiplier les centres de détention pour drogués. Sans parler de l’augmentation de la violence et de la délinquance." En 2009, un rapport de la Commission européenne a reconnu l’échec généralisé de cette politique : "La majorité des dommages observés proviennent des politiques menées plutôt que des drogues elles-mêmes."Les signataires de la déclaration de Vienne proposent, eux, de généraliser les modèles alternatifs de réduction des risques, comme ceux expérimentés depuis plusieurs années aux Pays-Bas, en Suisse ou au Portugal. Dans ces pays, non seulement les infections par le sida et l’hépatite ont baissé, mais aussi la consommation de drogues... + d’infos :


